At the
beginning of the 19th century, François Cliquot,
son of the founder of one of the first Champagne wine houses
of the previous century, dies. Nicole Ponsardin, his 28
year old span of more than half a century, she completely
transforms the company : from the product, the sparkling
Champagne wine, to the organization and the men who produce
and bottle, with its many specific constraints due to the
vinification of its sparkling wine. Madame Veuve Cliquot
kept a very professional correspondance, exacting and sustained,
with the master the masters of "Verreries noires",
the bottle producers of the time. She is at the origin of
the first standardized shape of the bottle, the Maubeuge
shape, which most of the other great Champagne houses were
forced to adopted. Through her good advice to glassmakers,
she also contributed to the solidity of these bottles, thus
reducing the considerable amount of breakages found in the
cellars at the beginning of the century. It is with pleasure
that we reveal to the readers of this revue, selected extracts
from this widow takes over as the head of the company which
then becomes Veuve Cliquot. Over the commercialize it throughout
the world. Particularly in the realm of glass, and the Champagne
Champagne house's extremely well preserved archives.
Le roman pétillant
de la champenoise
En ce début
du 19e siècle, après la période révolutionnaire,
les technologies verrières encore très primitives
des siècles précédents, rencontrent un marché
verrier en plein développement et relativement nouveau,
celui de la bouteille champenoise, emballage, mais surtout instrument
obligatoire de transformation des fruits du vignoble champenois.
En effet, de quelque 300 000 bouteilles expédiées
à la fin du siècle précédent (dont
la plus grande partie en vin "tranquille"), les expéditions
s'élèveront à près de 3 millions de
bouteilles en 1830, 6 millions en 1844, 12 millions en 1865, presque
exclusivement en vins mousseux.
Bouteilles champenoises 2 ème moitié du 18e
siècle. Collection Moët et Chandon – Photo
Orsini
Les
livraisons des verreries seront bien supérieures,
compte tenu de la durée de prise de mousse et de
vieillissement sur lies, mais aussi pendant la première
moitié du siècle, du phénomène
de casse importante en cave : nous retiendrons un coefficient
moyen de deux au début du 19e siècle, à
trois en fin de siècle, soit en équivalent
bouteilles : un besoin du marché champenois s'élevant
de 6 millions de bouteilles à 36 millions en 1865.
Il s'agit là
d'années de production maximum, baissant fortement les
années nombreuses de vendanges faibles : M. Deliage, directeur
de la Verrerie de Folembray écrit à Mme Veuve Clicquot
en 1835 : "Ces concurrences (de nouvelles verreries) sont
toujours au détriment du fabricant, car sur dix ou douze
années en Champagne, nous n'en n'avons qu'une ou deux d'abondance,
une ou deux de médiocres et le reste en nul". Durant
ces 65 années, de 1800 à 1865, la technologie verrière
pour les bouteilles de type champenoise ne connaîtra pas
de grands bouleversements : en effet, les matières premières
pour le verre à bouteille, sont encore presque exclusivement
minérales, les fours de fusion sont, en grande partie déjà,
chauffés au charbon de terre à la fin du siècle
précédent, et les bouteilles sont encore soufflées
à la bouche et formées à la canne avec l'aide
de moules cylindriques ouverts;
en fait, seul le transport
pour la livraison des bouteilles aux Maisons de Champagne
aura évolué, du charroi à cheval en
début de période, au wagon de chemin de fer
et à la péniche, à partir du milieu
du siècle, entraînant une modification des
emballages de livraison.
Verrerie de la Vieille-Loye (Jura). Peinture (env. 1850)
– Collection privée
La réponse
du milieu verrier à l'augmentation des besoins sera d'ordre
quantitatif, avec la création de nouvelles verreries noires
au début du siècle, en particulier en Picardie du
nord et au sud et dans le bassin houiller du Creusot, et l'augmentation
du nombre de pots par fours et d'arches de recuisson, servis par
un plus grand nombre de maîtres souffleurs et leurs équipes.
Lettre de voiture de la verrerie d’Haumont (Maubeuge).
1817 Archive veuve Clicquot. Photo Orsini.
C'est
pendant cette période contrastée, de forte
augmentation de la demande et d'un processus de fabrication
de type manuel encore peu touché par le machinisme,
qu'une communication écrite importante se met en
place entre les Maisons de Champagne et les verreries, aidée
par un service de postes de plus en plus performant.
Il s'agira pendant
toute cette période de faire évoluer la Champenoise,
d'une bouteille commune choisie avec soin parmi les meilleures
de la production courante de bouteilleries petites et non spécialisées,
vers la bouteille spécialisée par sa forme, son
embouchure, sa couleur, sa résistance à la pression
et à l'agression d'un vin au départ plutôt
acide, produite dans des usines spécialisées, les
verreries noires, au grand savoir-faire expérimental des
maîtres de verreries et des souffleurs de l'époque.
Certaines Maisons de Champagne et
leurs dirigeants passés et actuels (en particulier les
Maisons Moët et Chandon, Pommery, Ruinart et Veuve-Clicquot)
ont eu l'intelligence de conserver les témoignages de cette
époque si intéressante : documents comptables les
plus nombreux, mais surtout correspondances entre verreries-fournisseurs
et Maisons de Champagne, avec les documents originaux reçus
de ces verreries, et les registres de copies de lettres qui leur
étaient adressées en réponse; elles nous
permettent de retrouver la mémoire perdue de ces verreries
du 19e siècle dont la plupart ont maintenant disparu (avec
leurs archives). Nous souhaitons, dans ces quelques pages, nous
appuyer sur cette correspondance pour enrichir la connaissance
des historiens du verre et du Champagne, sur l'histoire de ce
bel instrument en verre mis à la disposition des Champenois
pour produire ce vin mousseux de Champagne. Nicole Fiérobe,
la première à étudier l'histoire de cette
bouteille si spéciale dans sa thèse de doctorat
sur l'histoire de la communication technique et le langage verrier
dans l'industrie des bouteilles champenoises, écrivait
à bon escient en 1986 que "sans les qualités
spécifiques de cette Champenoise, le Champagne n'existerait
pas".
Parmi ces fonds d'archives champenois,
le fonds Veuve-Clicquot Ponsardin (VCP) nous a révélé
une grande richesse sur l'histoire de la Société
créée en 1772, du vin de Champagne, de son élaboration
et de sa commercialisation, et enfin de la bouteille de type champenoise.
Rappelons que cette Maison occupe le second rang de l'ensemble
des Maisons de Champagne de la période, avec une part de
marché moyenne d'environ 10 % (principalement vers l'export).
En plus des documents comptables qui nous ont permis de compléter
les recherches de Nicole Fiérobe sur l'origine verrière
par usine et région au 19e siècle des livraisons
de bouteilles, le fonds particulièrement complet de correspondance
entre, essentiellement Mme Veuve Clicquot, M. Werlé son
associé et successeur, et les différentes verreries-fournisseurs
de l'époque est riche de nouvelles connaissances du milieu
verrier du 19e siècle.
Pour situer l'importance de ces
courriers pendant la période 1800-1865, correspondant à
celle de la vie active de Mme Veuve Clicquot, qui perd son mari
très jeune en 1805, nous rappellerons tout d'abord le nombre
de lettres concernant les prises de commande, avec leurs confirmations,
et les prix d'achat, les avis d'expédition et les lettres
de voiture, les factures de vente et leurs règlements,
les circulaires d'information sur la situation patrimoniale des
sociétés verrières, leur début ou
fin d'activité, et enfin les cahiers des charges de ces
bouteilles en pleine évolution, avec leurs contentieux
qualité. Au total plus de 700 copies de lettres adressées
aux verreries-fournisseurs ont pu être recensées
dont un quart sur les cahiers des charges et les litiges qualité.
On
tombe à la moitié de ce chiffre soit environ
300 pour les lettres manuscrites originales des maîtres
de verreries-fournisseurs ou consultés par la maison
de négoce; de nombreuses lettres de voiture pour
livraison de bouteilles par charroi à cheval, péniche
ou fer s'y ajoutent sur toute la période de 1806
à 1865.
Nicolas Bidet : Traité sur la culture
de la vigne (1752). Médiathèque d’Epernay
Evolution de la forme champenoise pendant le XVIIIe siècle.
Les verreries-fournisseurs
de la Maison Veuve-Clicquot de 1800 à 1865
1. La plus importante,
par le nombre de courriers échangés de 1806 à
1865, est celle de Quiquengrogne, en Thiérache du nord,
près de la Capelle (02), à 80 km de Reims, avec
plus de 200 copies de lettres VCP et environ 100 lettres de deux
maîtres de verreries (de Colnet et van Leempoël) qui
se sont succédés à la tête de cette
ancienne verrerie, dont la fondation pourrait remonter au 14e
siècle.
2. Hautmont, près de Maubeuge
en Hainaut français (59), à environ 100 km de Reims
est représentée sur une période plus courte
(1816 à 1850) par respectivement 200 lettres VCP et 60
Hautmont.
3. Vauxrot, dans le Soissonnais
(02), à quelque 50 km de Reims, dirigée pendant
tout le siècle par la famille Deviolaine, représente
environ 90 documents VCP et 40 lettres Deviolaine de 1830 à
1865.
4. Folembray également dans
le Soissonnais (02), à 60 km de Reims dirigée par
la famille de Poilly de Brigode, avec 90 copies de lettres VCP
et 60 lettres de Folembray de 1813 à 1850.
Tarif de vente des bouteilles champenoises en 1829. Archives
Veuve Clicquot. Photo Orsini.
5.
Trélon est représenté au titre de deux
verreries : celle de Barbier-Delassere avec quelques documents
et réponses en 1810 et 1820, puis la Verrerie Pailla
qui deviendra Collignon avec près de 40 copies de
lettres VCP et 20 réponses de 1833 à 1865.
Viennent ensuite une dizaine d'autres verreries ayant eu
des contacts épistolaires pendant cette période
: les verreries de La Chalade et de la Camuterie en Argonne,
Anor, Le Nouvion, Landrecies et Masnières en Thiérache,
Epinac et Chagny en Saône et Loire, Rive de Giers
dans le bassin de la Loire, Loivre et la Neuvillette près
de Reims créées dans les années 1860.
A signaler que
le nombre de documents ne reflète pas l'importance des
livraisons de chacune de ces verreries, et que les litiges qualité
donnent lieu à de nombreuses correspondances, beaucoup
plus nombreuses pendant la première moitié du siècle,
que pendant la seconde.
En effet, sur environ 15 millions
de bouteilles et demies bouteilles livrées à VCP
pendant ces 65 ans :
Quiquengrogne
De 1806 à 1865
4 600 000 bouteilles + demi-bouteilles
Vauxrot
De 1830 à 1865
2 600 000 bouteilles + demi-bouteilles
Folembray
De 1813 à 1850
2 000 000 bouteilles + demi-bouteilles
Loivre
De 1856 à 1865
2 000 000 bouteilles + demi-bouteilles
Hautmont
De 1816 à 1850
1 800 000 bouteilles + demi-bouteilles
Trélon
De 1833 à 1865
1 400 000 bouteilles + demi-bouteilles
Verreries diverses
De 1800 à 1865
600 000 bouteilles + demi-bouteilles
Ces
chiffres de livraison permettent de confirmer l'importance
du pôle Hainaut-Thiérache (60 %) déjà
signalée par Nicole Fiérobe pour les Maisons
Moët, Ruinart et Krugg, pendant une grande partie du
siècle, après l'Argonne au siècle précédent,
et qui perdurera (à un moindre degré) jusqu'en
1914 avec la nouvelle Verrerie de Fourmies en 1871, malgré
la montée en puissance des verreries rémoises
et sparnaciennes.
Catalogue Verrerie Meurillon à Dunkerque 1809. A.D.Nord/M
581/228 . La bouteille B est la champenoise de l’époque.-
Coll.Ecomusée de Trélon
Analyse des correspondances
verreries du fonds veuve Clicquot
Le dépouillement
complet de ce riche fonds d'archives n'étant pas terminé,
nous avons décidé, en accord avec la Société
propriétaire, d'en mettre des extraits sous forme de citations
à la disposition des chercheurs lors de la première
exposition consacrée à l'histoire de ce type de
bouteille, par l'Ecomusée de Fourmies-Trélon dans
les locaux de l'ancienne verrerie noire Clavon à Trélon.
Pour une meilleure compréhension,
nous les avons regroupés par grands thèmes de l'évolution
de ce type de bouteilles et à l'intérieur par date,
enrichis de quelques éléments de correspondance
d'autres Maisons de Champagne, mis à notre disposition
par la Maison Moët et Chandon et Nicole Fiérobe, au
travers de leur forme, leur embouchure, leurs contraintes de fabrication
(couleur, matière première, moules…), le phénomène
des casses, les types de contrôle qualité.
Avant d'écouter les remarques
ou exigences de Nicole-Barbe Ponsardin, veuve de François
Clicquot, il nous a semblé nécessaire de rappeler
quelques extraits de deux documents, à notre avis fondateurs
de ce nouveau type de bouteilles, l'un législatif du conseil
d'état du roi Louis XV en 1735, autorisant la distribution
du vin de Champagne en bouteille :
«Louis, par la grâce
de Dieu, roi de France, déclarons et ordonnons que…
la matière vitrifiée servant à la fabrication
des bouteilles destinées à renfermer les vins sera
bien raffinée, également fondue en sorte que chaque
bouteille ou carafon soit d'une égale épaisseur
dans toute sa circonférence… Chaque bouteille contiendra
à l'avenir, pinte mesure de Paris, et ne pourra être
en dessous du poids de 25 onces… Défendons aux maîtres
de verrerie de fabriquer ou faire fabriquer, faire entrer dans
le royaume aucune bouteille qui ne soit du poids et jauge ci-dessus…»
Ordonnance royale du 8 mars 1735
et l'autre d'un
érudit du milieu du 18e siècle, Nicolas Bidet, rappelant
l'évolution de cette bouteille pendant ce siècle
:
«On était autrefois
dans l'usage de se servir indistinctement de bouteilles de différentes
formes, qualités et contenances; les uns se servaient de
bouteilles plates, couvertes d'osier dont le verre était
aussi mince qu'un verre à boire, par conséquent
fort fragile et d'une contenance indéterminée. D'autres
se servaient de bouteilles rondes dont le cul était fort
large, et fort épais et le corps fort mince : le moindre
effort du vin séparait le cul d'avec le corps. On en est
venu ensuite à faire des bouteilles en forme de pommes
dont le col écrasait la partie la plus élevée
du corps, ce qui lui donnait une forme non seulement désagréable
mais encore désavantageuse tant pour les entreilles dans
les caves que pour le coup de bouchon. Vu le désavantage
de cette forme, les Champenois se sont déterminés
à donner à leurs bouteilles la forme d'une poire.»
Nicolas Bidet, 1759
Evolution des formes
de la Champenoise
…Mais M. nous sommes très
fâchés d'être forcés de nous plaindre…
et vous dire que vos bouteilles sont trop petites et manquent
d'apparence. C'est une dérision, elles ressemblent pour
ainsi dire à des demies-bouteilles. Sans vouloir des bouteilles
trop grandes, nous les désirons d'une apparence qui ne
fasse pas soupçonner leur petitesse
J.R. Moët – Verrerie de Belvaux aux Fours de Paris
– mai 1790
Le bouge ne doit
pas avoir plus de circonférence que le cul, ni moins; il
faut que la bouteille soit toute d'une venue jusqu'au bouge et
de là, elle doit se rétrécir fortement jusqu'au
cou, qui doit être tout d'une venue jusqu'à la bague
et avoir au moins 18 lignes à 2 pouces du col, pour donner
plus d'apparence aux bouteilles. Les culs peuvent être plus
renfoncés et plus gros, sans toutefois porter préjudice
à la contenance.
VCP – Verrerie Durant à Landrecies – janv.
1823
Votre deuxième
lettre m'entretient de votre étonnement de ce que les deux
bouteilles que je vous ai envoyées comme modèles
ne proviennent pas de votre verrerie… mais je ne tenais
pas à ce qu'elles ressemblent pour leurs formes à
des clochers de village comme les vôtres.
VCP – Verrerie Darche à Hautmont – janv. 1827
Mon four ne travaillera
que pour vous, et je m'engage à ne donner votre forme à
aucune autre Maison. Verrerie Darche à Hautmont –
VCP – oct. 1831
Quant à
la forme je vous dirai que les bouteilles de Maubeuge conservent
toujours leur supériorité sur les vôtres.
Cette verrerie fait les cols de ses bouteilles un peu plus long,
d'abord en donnant à la bouteille deux lignes de plus en
hauteur et surtout en faisant monter un peu moins le bouge qui,
étant étranglé un peu plus fort que chez
vous, donne beaucoup d'apparence à la bouteille, sans en
augmenter la contenance. Je me permets d'entrer dans tous ces
détails, persuadée que vous désirez rendre
vos bouteilles aussi parfaites que possible, et faire attention
que Trélon et Soissons se donnent beaucoup de peine pour
imiter la forme de Maubeuge. VCP – Verrerie de Poilly à
Folembray – 1833
…J'ai la
satisfaction de vous annoncer que vos 1300 bouteilles imitent
assez bien la forme Maubeuge… Mais le bouge monte un peu
trop haut; il ne faut pas qu'il monte en forme de poire ou de
clocher, et vienne se perdre dans le col à 1 pouce de la
bague. En étranglant le bouge un peu plus tôt, le
col devient plus long, ce qui fait paraître la bouteille
plus belle et plus grande, tandis qu'elle contient réellement
moins de liquide.
VCP – Verrerie de Trélon – 1833
…Quant à
la forme, nous vous prions d'adopter pour nous celle que vous
donnez aux bouteilles de la Veuve Clicquot. Ruinart – Verrerie
Hautmont – 1839
Verrerie de Quiquengrogne (Aisne) vers 1840 –Coll.
Et photo Orsini.
…Je vais
d'abord vous parler de la forme : beaucoup de bouteilles font
trop le clocher, c'est-à-dire que le col et l'épaulement,
au lieu de s'unir par une ligne courbe, ne forment ensemble qu'une
seule ligne droite, ce qui ôte toute élégance
à la forme. Vous trouverez dans les trois bouteilles que
je vous renvoie par cette voiture une qui doit vous servir de
modèle pour la forme. Veuillez la mettre sous les yeux
de vos ouvriers et de ceux qui sont chargés de faire le
choix. VCP – Verrerie de Colnet à Quiquengrogne –
nov. 1846
Cette série
de documents concernant la forme de la Champenoise confirme bien
les différentes hypothèses connues jusqu'ici sur
:
- la grande variété des formes données à
la bouteille, à la fin du siècle précédent,
comme nous le confirment aussi, les quelques catalogues de verrerie
retrouvés (en particulier ceux de Dunkerque) ainsi que
les collections de bouteilles heureusement conservées chez
Moët et Perrier-Jouet en particulier.
-l'évolution vers un modèle unique, d'abord la bouteille
de Maubeuge (ou Hautmont), que dans les années 1830, VCP
et les Verreries Darche à Hautmont et de Poilly à
Folembray, arrivent à imposer à l'ensemble de leurs
"commettants", sans doute assez proche du modèle
reconstitué par la Maison Veuve-Clicquot, il y a quelques
années (avec cachet 1811), c'est-à-dire avec un
corps cylindrique, et un épaulement un peu plus bas qu'aujourd'hui.
Verrerie Quiquengrogne (Aisne) vers 1840 – Coll. Et
photo Orsini.
La récupération
d'un navire coulé au large du Cap-Corse en 1869,
nous permet sans doute de fixer l'étape ultime d'évolution,
par la forme très actuelle des bouteilles de type
champenoises retrouvées dans le navire.
-enfin ces nombreux litiges sur la forme jusque dans les
années 1870 nous montrent bien la non-utilisation
par les verreries spécialisées en Champenoise,
des moules de métalliques fermés pourtant
employés par d'autres bouteilleries depuis le milieu
du siècle; seuls les moules ouverts cylindriques
sans doute en argile apparaissent sur les quelques gravures
de l'époque.
Les embouchures de vos bouteilles
sont mal faites, il y en a qui ont des cordons occasionnés
par la bague, ce qui forme en dedans un bourrelet qui ferait
casser les bouchons et les empêcherait de sauter. Moët
– Verrerie Barbier-Delassère à Trélon
– avril 1808
Il est urgent
que vous avisiez au moyen d'éviter de trop fortes embouchures
qui font trop la trompette. Il faut aussi que vous ayez soin
que les cols qui sont en général trop minces,
soient plus forts, ce qui contribue singulièrement à
la bonne explosion du bouchon. VCP – Verrerie Darche à
Hautmont – mars 1818
…Et je
trouve que vos ouvriers tombent un peu dans l'excès contraire
: il s'y trouve des embouchures par trop petites, il est impossible
qu'un bouchon aussi petit puisse faire une explosion en sautant
et la clarification du vin deviendra extrêmement difficile,
car le dépôt pour peu qu'il soit considérable
ne saurait sortir en un seul travail. Veuillez tenir la main
à ce que vos ouvriers ne s'éloignent pas du juste
milieu et leur recommander qu'ils ne fassent pas les embouchures
aussi tranchantes : celles que j'ai reçues aujourd'hui
couperont tous les bouchons, ce qui occasionnera des "recouleuses".
Il me semble qu'il serait facile d'adoucir un peu l'entrée
de l'embouchure, sans faire toutefois cette dernière
en trompette. VCP – Verrerie Darche à Haumont –
janv. 1832
L'ensemble de
ces courriers de litige sur le calibre et la façon du
col et de la bague des embouchures, fait encore ressortir le
formage manuel de la bouteille, sans doute jusque dans les années
1860-1870, avec l'utilisation du moule de bague qui donne un
diamètre précis à l'embouchure et une forme
régulière à la bague. L'amélioration
de la qualité du bouchage qui en résultera, diminuera
considérablement les problèmes de coulage du Champagne
pendant les périodes de stockage, en même temps
qu'il permettra de conserver le coup de bouchon si nécessaire
à la bonne renommée de ce vin joyeux.
L'évolution
des contraintes de fabrication a) Tout d'abord celles des matières premières
utilisées et de ses incidences sur la qualité
de la fabrication et la couleur du verre :
Vous me mandez que vous avez laissé
1800 bouteilles pour mon compte, cela me paraît tirer
à grande rigueur, puisque je n'étais pas prévenu
de votre goût à cet égard; à présent
que je le suis, l'on va changer la composition, c'est-à-dire
mettre plus de sel marin que de soude pour tâcher d'approcher
vos désirs… Je vous observe aussi que la vieille
soude est la meilleure et les vieilles cendres; mes magasins
sont toujours pleins, une année d'avance et tout en cendre
neuve. Verrerie de Colnet à Quiquengrogne – VCP
– sept. 1806
J'ai
examiné la voiture d'échantillons reçue
hier et ai trouvé à mon grand regret que
leur nuance foncée et un peu jaunâtre ne
pouvait pas me convenir pour mes vins. J'ai fait prier
M. Mongel de les examiner avec moi en mettant le même
vin dans une de vos bouteilles de l'année dernière
et dans une des vôtres reçues hier, et je
lui ai prouvé que le verre des dernières
est très désavantageux parce qu'il donne
au vin un oeil jaune, ce qui est un très grand
inconvénient en Russie, où l'on exige que
le vin de Champagne soit très blanc…
On m'y a laissé
pour compte une partie des vins de 1825, parce qu'il était
contenu dans des bouteilles jaunes. Vous voyez donc que je suis
forcé de tenir à recevoir des bouteilles bien
vertes, claires et brillantes. VCP – Verrerie de Poilly
à Folembray – mars 1828
…Il s'en
trouvait un très grand nombre qui, étant rincées,
conservaient à l'intérieur, une espèce
de masque d'une nuance grise ou blanchâtre… J'ignore
si c'est aux cendres ou au sel que vous employez dans votre
fabrication, qu'il faut attribuer ce grave inconvénient.
…Le masque dont je vous parle rend le verre terne et empêche
le vin de paraître brillant, en outre le masque rend la
superficie intérieure de la bouteille inégale,
et ainsi le dépôt du vin s'y arrête, au lieu
de descendre sur le bouchon, ce qui rend impossible la clarification
du vin. VCP – Verrerie Darche à Hautmont –
janv. 1836
Intérieur d’une verrerie à bouteille(1870)
– L’Illustration, 6 sept. 1862.
Coll. Et photo Orsini
b) La recuisson et la solidité
des bouteilles
Je réponds de suite à
votre dernière vous vous plaignez que les bouteilles
que je vous envoie ont le col bleu et qu'elles sont peu cuites;
je vous dis avec vérité, Monsieur, et avec connaissance
de cause, que c'est la forte cuisson qui les bleuys, c'est-à-dire
qui leur donne la couleur Gorge de Pigeon. Il faut un milieu
à tout cela… Il ne faut pas que cela domine trop,
ce n'est pas que la bouteille en serait plus cassante au contraire
mais elle ne serait pas aussi belle… quant au poids elles
sont portées au plus haut, …plus forte on ne pourrait
pas les fabriquer, d'ailleurs elles ont de 27 à 28 onces
pour les 3/4… …Je compte bien que vous ne perdrez
pas 4 par cent dans les tirages que vous ferez de ces bouteilles.
Anciennement M. Ruinart père qui prenait à la
Verrerie 100 000/an et plus, s'est plaint aussi de trop de bleu,
M. d'Hennezel, maître de cette verrerie lui a proposé
de venir voir par lui-même l'expérience et M. Ruinart
a reconnu que plus une bouteille était cuite, plus elle
était bleue au cou. Il est venu à Anor et a reconnu
son erreur. Je désirerai bien, Monsieur, que vous veniez
vous-même sur les lieux… et je vous convaincrai
que les bouteilles de ma verrerie sont recuites 36 h…
Verrerie de Colnet à Quiquengrogne – VCP –
août 1806
c) Le phénomène de casse
Les vins ont de la disposition
à la casse, cette année. Il faut que les bouteilles
soient cuites et fabriquées avec plus de soin. Moët
– Four de Paris (Argonne) - 1809
Vous nous engagez
à ne prendre que des bouteilles de Lorraine pour nos
expéditions, ce que nous avons toujours évité
pour peu que le vin soit mousseux, nous aurions à craindre
beaucoup de casses… VCP – M. Bohne représentant
VCP en Russie – juil. 1810
Mais un défaut
capital et qui doit appeler toute votre attention, c'est l'inégale
répartition du verre, qui se trouve en trop grande quantité
à partir du bas de la bouteille jusqu'à l'endroit
où finit le moule : j'ai senti à cet endroit-là,
en mettant la main dans les échantillons découpés,
une cavité qui indique facilement le défaut que
je vous signale; on dirait que la partie supérieure de
la bouteille a été collée sur la partie
inférieure, elles ne se lient pas ensemble, comme cela
devrait être avec une répartition plus égale,
et je crois que les bouteilles éclateraient à
l'endroit où les parois du verre commencent à
devenir plus faibles. VCP – Verrerie Van Leempoël
à Quiquengrogne – janv. 1840
J'ai remarqué
bien des bouteilles avec des "bouilles" dans le fond,
veuillez les reléguer en second choix, je n'en accepterai
plus aucune et je dois même ajouter que quelques personnes
qui ont employé pour leur tirage les produits de votre
fabrication de cette année-ci ont constaté que
la presque totalité des bouteilles s'étaient brisées
par le cul. A quoi cela tient-il ? Est-ce à un défaut
de cuisson ou au manque d'épaisseur du verre ? …C'est
à vous d'en rechercher les causes… VCP –
Verrerie de Colnet à Quiquengrogne – juil. 1842
Je crois devoir
vous informer immédiatement des résultats d'une
expérience que je viens de faire, qui ne vous étonnera
pas moins que j'en ai été surprise moi-même
: j'avais fait remplir 30 bouteilles de votre dernière
livraison avec le même vin que j'avais employé
à remplir 30 bouteilles de chacune des autres verreries
dont j'ai ici voulu essayer la fabrication. J'ai laissé
ces vins dans un cellier, jusqu'au moment où la mousse
était parfaitement établie, époque à
laquelle je les ai fait descendre à la cave. Il s'est
trouvé qu'à ce moment, sur vos 30 bouteilles,
13 étaient cassées, tandis que dans les autres
verreries la casse n'était que de 0, 1, 2 et sur une
seule : 5 bouteilles, toujours sur 30 bouteilles chacune.
Le vin était
exactement le même, toutes les bouteilles étaient
rangées ensemble, parfaitement dans les mêmes
conditions, et il s'est manifesté dans vos bouteilles
43 % de casse, tandis que d'autres bouteilles n'en éprouvent
pas du tout ou 3 %, 6 % et les plus mauvaises 15 %. A
quoi faut-il attribuer ce fâcheux résultat
? Quel changement avez-vous opéré dans votre
fabrication, qui, dans les années précédentes,
donnait satisfaction sous le rapport de la solidité.
L'expérience indiquée n'est pas un fait
isolé. J'ai employé les 35 000 bouteilles
que vous m'avez fournies en dernier lieu, et bien que
ce vin ait été tiré dans les mêmes
conditions que tous les autres vins, bien qu'il ne mousse
pas plus fort que les autres, il casse beaucoup plus que
tous les autres.
Il a même pris un aspect qui n'est pas
naturel et qui fait naître la pensée chez moi,
qu'une espèce de décomposition s'opère
dans le verre. …Il faut que ce soit dans la composition
ou dans la recuisson ? Vous comprenez, Messieurs, qu'il y va
de la réputation de votre verrerie, car dans des conditions
semblables, personne n'acceptera plus vos bouteilles. VCP –
Verrerie Deviolaine à Vauxrot – août 1848
Enfin Mme Veuve
Clicquot résume bien l'intime corrélation entre
les différents paramètres d'obtention de qualité
désirée pour cet instrument de champagnisation
qu'est la Champenoise, dans cette lettre à M. Deviolaine
à la Verrerie de Vauxrot en septembre 1853 :
Il y a nécessité absolue de combiner forme de
l'épaulement et répartition du verre si l'on veut
obtenir, pour une contenance de 82 à 83 cl, la solidité
exigée et une forte diminution des casses ou des rebuts.
…Le poids qui en résulte doit se situer entre 32
et 33 onces.
d) Evolution des contrôles de qualité
En observant la distribution du
verre sur ces bouteilles, on voit que l'épaisseur est
considérable vers le cou, plus grande vers le cul, et
qu'elle se réduit souvent à 1 mm faible sur le
ventre. Cette inégalité d'épaisseur est
un défaut essentiel, comparable à celui du recuit
imparfait, ou à une mauvaise vitrification. Les bouteilles
mal recuites cassent pour la plupart par le cul et résistent
à peine à 2 ou 3 atm. : ainsi elles doivent être
dès à présent écartées de
toute ma nutention de vins mousseux… MM…ont remarqué
que parmi les bouteilles de bonne qualité qu'ils ont
soumises à la machine de M. Collardeau, quelques unes
avaient résisté à des pressions de 18 à
20 atm., qu'elles avaient cassé par le ventre et que
l'épaisseur du verre sur le ventre de celles-là
ne s'abaisssait pas au dessous de 2 mm; ce qui fait présumer
qu'une petite augmentation dans l'épaisseur du ventre
d'une bouteille ajoutera beaucoup à sa résistance.
B.S.E. – 1831
Verriers à bouteilles – L’Illustration
17 oct. 1891 – Coll. Et photo d’Orsini
…Je
vous dirai que les essais qui ont été faits
par plusieurs Maisons, des bouteilles de Rive-de-Gier,
lors du tirage des vins de 1837 et 1838, n'ont pas fourni
les mêmes résultats que ceux que vous avez
faits sur votre presse hydraulique. …Il ne peut
en être autrement, attendu que la pression continue
et graduelle exercée par le vin, ou plutôt
par le développement du gaz qu'il contient, doit
être toute différente de cette pression momentanée
et subite, que l'on obtient par les presses hydrauliques
ou pneumatiques… D'après mon opinion, la
seule bonne manière d'éprouver la solidité
des bouteilles, c'est de les employer et d'en faire des
essais comparatifs, au moment du tirage des vins. VCP
– Verrerie de Poilly à Folembray –
déc. 1839
Arrivé
au terme de ce premier inventaire reprenant essentiellement
les propos écrits de Mme Nicole Ponsardin, veuve Clicquot
sur ses exigences en matière de solidité et de
forme pour ce type de bouteilles au contenu si précieux,
on ne peux qu'être admiratif pour le sérieux et
les compétences démontrés par cette jeune
femme arrivée à la période active, en ce
début du 19e siècle. Déjà bien connue
dans le milieu champenois pour son professionnalisme en matière
de technique de champagnisation et de commerce international
(avec la complexité de toute la logistique de ce produit
si fragile, au temps de la marine à voile, du charroi
à cheval et des nombreux octrois), nous découvrons
une nouvelle richesse de cette personnalité dans le domaine
des techniques verrières, grâce à cette
correspondance si bien sauvegardée. Certes, d'autres
hommes du Champagne ont, sans doute, contribué fortement
à dynamiser les maîtres de verrerie de l'époque,
mais leurs écrits nous manquent en grande partie : Jean-Rémy
Moël doit être de ceux-là, par les quelques
correspondances qui nous sont parvenues pour la période
d'avant 1815 : sa précieuse collaboration à l'amélioration
des performances de solidité de ces produits apparaît,
en 1829, dans le travail important réalisé à
la Société d'encouragement de l'industrie nationale,
à travers un texte que nous rappelons en annexe.
En
parallèle, les figures du milieu verrier, anciennes
comme les Verreries de Colnet, de Poilly, ou nouvelles
comme les Verreries Darche, Deviolaine, ou Pailla-Collignon,
peuvent paraître beaucoup plus ternes par leur empirisme.
Mais il faut bien se rappeler que les contraintes tout
à fait exceptionnelles de cette "bouteilleinstrument
de travail" changeaient complètement le travail
des verreries de l'époque souvent encore multi-produits
(fabriquant aussi du verre à vitre pour le bâtiment).
–Verriers à bouteilles L’Illustration
17 oct.1891 – Coll. Et photo d’Orsini
Enfin il faut
aussi leur reconnaître l'excuse de la méconnaissance
générale du milieu champenois pour son produit
et ses caractéristiques annuelles variées (et
non mesurées) : en particulier le taux de sucre des raisins
vendangés, avec ses conséquences sur la pression
du gaz carbonique engendré et les conséquentes
augmentations de poids exigées des verriers, jusqu'au
début du siècle suivant.
Et, par un paradoxe étonnant,
la situation inverse se produira, au début du siècle
suivant et au lendemain de la seconde guerre mondiale, lorsque
le monde du Champagne retardera l'utilisation généralisée
des bouteilles mécaniques, soufflées et formées
dans les nouvelles machines mises au point à partir de
1900, d'abord par le Français Claude Boucher puis de
nombreux Américains, quelques années plus tard.
Nous espérons en trouver les raisons dans la suite du
dépouillement du fonds de 1865 à 1930. Nous ne
voudrions pas terminer cette courte communication sur le milieu
des verriers à bouteilles de la première moitié
du 19e siècle sans remercier profondément les
personnes de la Maison Veuve-Clicquot qui nous ont fait une
totale confiance depuis trois années et en particulier
Marie Grandcolas et Philipa Tiago, ainsi que M. Joseph Henriot,
ancien dirigeant de la Maison.
Extrait d'une notice
sur la casse des bouteilles de verre destinées
à recevoir du vin de champagne mousseux : par M.
Moët de Romont, propriétaire de vignobles,
à Epernay
B.S.E. / Sept. 1829 / Arts Economiques p. 587-589
La Société
d'encouragement, dans la vue d'exciter les fabricants
de bouteilles de verre à perfectionner le urs produits,
de manière à les rendre susceptibles de
résister à la forte pression intérieure
que leur fait subir le vin de champagne mousseux, avait
demandé des renseignements sur les effets produits
par la fermentation de ce vin dans les bouteilles. En
conséquence, elle s'adressa à M. Moët
de Romont, l'un des principaux propriétaires de
vignobles de la Champagne. Les détails intéressants
qu'il lui a transmis sont consignés dans une notice
dont nous donnons ici un extrait.
Verriers à bouteilles –
L’Illustration 17 oct. 1891 – Coll.
Et photo d’Orsini
"Les
pertes que les propriétaires de vins mousseux
éprouvent chaque année, par l'effet
d'une trop grande fermentation sont dues, suivant
l'auteur, à la mauvaise qualité des
bouteilles, et particulièrement au défaut
de cuisson. Une plus forte épaisseur du verre,
un meilleur choix des matières qui les composent,
une répartition plus égale au cou,
au ventre, et au cul de la bouteille, seraient sans
contredit les moyens d'obtenir, sinon l'absence
de toute casse, du moins une grande amélioration
dans ses déplorables effets. Il est certain
que plus les bouteilles auraient de poids et d'épaisseur
de matière dans le ventre ou les flancs,
moins on éprouverait de casse. Il faudrait
surtout que la bouteille fut bien recuite dans un
second four, pendant un temps plus ou moins long
et à un feu modéré. On ne serait
pas pour cela affranchi de toute casse; elle est
plus ou moins forte, suivant les années,
la D'autres causes sont aussi à rechercher
dans l'exposition des coteaux et la nature du sol
des vignobles de la Champagne.
"Il
y a environ 35 ans que M. Colnet, propriétaire
d'une verrerie à Quiquengrogne, près la
Fère, voulant se distinguer par une bonne fabrication,
offrit à M. Moët de lui livrer des bouteilles,
dont il garantissait la casse au delà de 2 %. Cette
offre ayant été acceptée, on expédia
à M. Moët 6000 bouteilles qui pour la forme,
la beauté du verre et pour la fabrication apparente,
étaient les plus belles qu'il eut encore vues.
Il s'empressa de les faire remplir de l'espèce
de vin qui lui paraissait contenir le plus de principes
de fermentation et dans la saison la plus propre à
les développer. Il fit remplir également,
du même vin et dans la même saison, 15 000
bouteilles d'autres verreries réputées les
meilleures. Au bout d'un mois la fermentation agit avec
une si grande fureur sur ces dernières bouteilles,
que la casse fut de 30 à 40 %. On ne parvint à
la ralentir qu'en mettant les bouteilles debout dans la
cave. Opération qui altère singulièrement
la qualité du vin, parce que le bouchon ne baignant
plus dans le vin se dessèche, l'air entre dans
la bouteille, calme la fermentation, souvent l'éteint
presque entièrement, et communique qualité
des vins et les principes de fermentation qu'ils peuvent
contenir. au vin un mauvais goût, connu sous le
vent de goût d'évent.
Les 6000
bouteilles de M. Colnet, au contraire, ne donnèrent
pas 1 % de casse, quoique la mousse en fut tellement furieuse
que dès qu'on avait ôté le fil de
fer qui tenait le bouchon, il cassait la ficelle, et le
vin sortait de la bouteille en gerbe, jusqu'à la
dernière goutte.
D'après une épreuve
aussi décisive, chacun s'empressa de faire à
M. Colnet des demandes de bouteilles beaucoup plus considérables
qu'il n'en pouvait en fournir. Son but était atteint,
il avait acquis la réputation qu'il désirait
: c'est alors sans doute que son intérêt
lui commanda de sacrifier la qualité à la
quantité. Dès la seconde année, ses
bouteilles n'avaient plus la même force, et il finit
par ne pas fabriquer mieux que ses confrères.
M. Colnet est convenu, depuis,
que c'est avec des soudes d'Espagne, mêlées
dans la matière vitrifiée, et par une double
et longue cuisson, qu'il était parvenu à
obtenir des bouteilles parfaites.
Indépendamment d'une
double cuisson et d'une répartition plus égale
du verre, il existe dans le choix de la matière
vitrifiée, un autre secret, c'est celui de garantir
les vins de toutes les variations de qualité qu'on
éprouve journellement sans pouvoir y apporter de
remède. Souvent, dans la même cuvée,
après que le vin a été collé
et mis en bouteille dans la même saison, on trouve,
après le premier effet de la fermentation, des
nuances de qualité très différentes.
Les vins sont plus ou moins mousseux et parfois tout à
fait non mousseux, suivant les années et la maturité
des raisins;d'autres fois on remarque dans la même
cuvée, dans le même tas de bouteilles, des
vins qui moussent plus ou moins fort et d'autres qui ne
moussent pas du tout.
Il
est probable que ces singuliers bouteille des vins,
opération qui exige plusieurs jours, suivant
le nombre de pièces composant chaque cuvée.
Relativement à la régularité
du cou de la bouteille, M. Moët observe que
les bouchons dont il se sert, et qui sont du liège
le plus fin et le plus souple de la Catalogne, ferment
toujours hermétiquement la bouteille, lors
même que l'embouchure aurait une légère
irrégularité intérieure, ce
qui est assez rare; mais il y a deux causes qui
occasionnent la perte ou la fuite du vin :
Verriers à bouteilles – L’Illustration
17
oct. 1891 – Coll. Et
photo d’Orsini
-la première et la plus grave, c'est l'effet de
la fermentation qui, en dégageant le gaz, lui fait
exercer une pression sur le liquide. Si la bouteille n'est
pas assez forte pour résister à cette pression,
elle se brise en éclats ou, ce qui arrive souvent,
le bouchon poussé violemment par le vin cède,
en faisant effort sur la ficelle et le fil de fer, qui
fléchissent à leur tour…
-la seconde cause de fuite, appelées "coulage",
provient de la mauvaise qualité du bouchon."